Après mon abandon sur blessure sur ma diagonale Strasbourg – Hendaye 2025 j’avais écrit que je ne retournerais pas sur des aventures longues distances chronométrées. Mais comme souvent le temps passe et les sentiments changent. Surtout, un abandon n’est jamais un échec, il est plutôt une expérience de plus dans ma pratique longue distance. Aujourd’hui, mes envies de repartir sont bien trop profondes pour ne pas les satisfaire. Tel l’Ouroboros, qui symbolise l’éternel retour, je vais donc repartir sur la diagonale où j’ai renoncé !

Nouvelle diagonale, nouvelle organisation.
Beaucoup de diagonalistes s’élancent sur la première étape d’une diagonale autour de quatre heures du matin. Lorsque j’ai débuté le challenge des diagonales de France, j’ai repris cette pratique de mes pairs. Elle m’a permis de clore mes deux premières diagonales : Brest – Strasbourg 2024 et Dunkerque – Perpignan 2024, tout en résolvants les nombreux incidents de parcours. Je suis donc reparti sur la même organisation sur ma diagonale Strasbourg – Hendaye 2025. Mais l’habitude nous rend flemmard, car elle nous dissuade de reconsidérer notre organisation. Elle nous empêche de penser de façon critique et de nous adapter à de nouvelles situations, aux spécificités de chaque diagonale. Alors bien sûr mon abandon en 2025 est, avant tout, lié à mon accident une semaine avant le départ. Mais il m’a poussé à remettre en cause mon organisation. Il m’a condamné à réfléchir, à prendre en compte mes nouvelles contraintes liées à la perte de ma vision nocturne et à mes éblouissements qui rendent compliqués les roulages de nuit.
Pour cette diagonale Strasbourg – Hendaye, les délais sont de 99 heures pour parcourir les 1170 kilomètres du parcours. Soit quatre jours et trois heures. Sur cette base, les paramètres sur lesquels je peux agir pour éviter de rouler trop longtemps de nuit, sont peu nombreux mais exploitables. Ainsi, repousser le départ du premier jour, vers la fin de matinée, me permet de passer de quatre à cinq étapes. De même, si je repousse mon départ à la mi-juin pour profiter du solstice d’été, je peux arriver à gagner un peu de temps sur les périodes nocturnes. Ces heures gagnées peuvent constituer une marge de sécurité pour me permettre de résoudre d’éventuels imprévus, même si le risque de forte chaleur augmente. Cette nouvelle organisation ne rend pas la diagonale plus facile. Les délais et le parcours restent tout aussi sportif. Elle me permet juste de m’adapter à mes contraintes.
Nouvelle tentative, nouveau parcours
Pratiquer la longue distance, c’est aussi explorer de nouveaux paysages, de nouveaux terrains de jeux. C’est réduire notre Terra Incognita à vélo. Repartir sur le même tracé jusqu’à Aubusson où j’ai été contraint à l’abandon ne m’enchantait guère. Ayant déjà exploré cette première moitié de parcours, il me fallait une nouvelle trace à défricher, à explorer. J’ai donc retravaillé mon parcours initial, même s’il est difficile d’éviter la Plaine d’Alsace pour rejoindre le Sud-ouest. Cette nouvelle mouture est plus longue d’une dizaine de kilomètres. Surtout, j’y ai rajouté de petites touches d’histoire personnelles, qui sans nul doute me fourniront de beaux moments d’émotion et une motivation supplémentaire, s’il m’en fallait, pour aller au bout de cette aventure.
Etape 1 : Strasbourg – Lure 173,78 km pour 732 m D+
Départ à 11 heures. Cette première étape sera une belle mise en jambes. Elle devrait me permettre de reprendre mes marques pour laisser progressivement la place au plaisir, à la méditation, à l’exploration. Je traverserais les deux départements alsaciens, une partie du Territoire de Belfort pour arriver en Haute-Saône. Je ferais étape à Lure. Avec plus de 170 kilomètres à parcourir, j’espère avoir un peu de temps pour découvrir la ville et notamment le Sapeur Camember avant une courte de nuit de sommeil.


Etape 2 : Lure – Neuvy-Grandchamp 266,84 km pour 1.203 mD+
Départ aux environ de 4 heures pour une première grosse étape. Le profil sera accidenté en début et en fin d’étape. Un passage dans le Côte-d’Or, plutôt en plaine devrait me permettre de récupérer. Je demeurerai toute la journée en région Bourgogne-Franche-Comté avec la traversée des départements de Haute-Saône, un bref passage dans le Jura, la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire où je ferais étape à quelques kilomètres de la frontière avec le département de l’Allier et la Région Auvergne-Rhône-Alpes.


Etape 3 : Neuvy-Grandchamp – Saint-Yrieix-la-Perche 286.41 km pour 2663 mD+
Un nouveau départ à l’aurore, pour cette troisième étape qui sera sans aucun doute l’étape la plus longue et la plus sportive de cette diagonale. Accidentée à souhait, elle me conduira à traverser une partie du département de l’Allier, avant de rejoindre la Creuse puis la Haute-Vienne. Je ferais étape à Saint-Yrieix-la-Perche. Quelques kilomètres avant la fin d’étape, je traverserais Saint-Léonard-de-Noblat. Ce village est bien connu des cyclistes et des passionnés de ce sport. C’est en effet dans cette commune que vécu Raymond Poulidor ! Je ne pouvais passer dans cette région sur un vélo sans passer par ce lieu marquer de l’empreinte d’un grand champion. J’ai prévu de prendre le temps de faire tamponner mon carnet de route au Bar « Le Miaulétou » où Raymond Poulidor avait ses habitudes après avoir été chercher le journal de l’Équipe au Tabac-Presse.


Etape 4 : Saint-Yrieix-La-Perche – Mont-de-Marsan 267.13 km pour 1476 mD+
Encore un départ à l’aurore ! J’entame mes étapes « émotion ». Pour cette avant-dernière étape, je traverserais le département de la Dordogne où vivaient mes ancêtres paternels. Coly, Saint-Amand-de-Coly, Les Eyzies, le Bugue entre Brive-la-Gaillarde et Sarlat-la-Canéda. Le Périgord Noir, faire un détour m’aurait malheureusement imposé de rallonger plus que de raison mon parcours. Mais mes pensées m’y emmèneront sans aucun doute. Mes vacances au bord de la Vézère chez mes grands-parents, des odeurs, des images fugaces surgiront dans mon esprit. La pratique de la longue distance permet aussi de méditer et de voyager par la pensée…


Etape 5 : Mont-de-Marsan – Hendaye 148.57 km pour 846 mD+
Ce sera la dernière journée de mon périple. Elle en sera d’autant plus marquée par l’émotion qu’elle va me ramener plus de cinq décennies en arrière lorsque nous résidions avec ma famille à Oeyreluy dans les Landes. Mon père était alors affecté à la base ALAT de Dax. C’était à l’époque des alouettes 2 et 3, des H19 et H21, mais aussi des avions Nord 1101 qui passait régulièrement au-dessus de la maison. Ils sont tous aujourd’hui remisés dans le musée de l’ALAT. Les délais et la distance de cette dernière étape devraient me permettre de perdre quelques minutes pour retrouver Dax, ce qui reste de la base ALAT et enfin Oeyreluy. La maison où nous vivions existe toujours, mon ancienne école primaire et l’église où je jouais à la pelote basque aussi. J’atteindrais ensuite Hendaye après avoir traversé les Pyrénées-Atlantiques.


S’engager sur une diagonale se prépare. D’ici la mi-juin, j’ouvrirai ma saison en participant au traditionnel stage en Espagne avec ma Team Cyclosportissimo. De belles retrouvailles et de belles journées de bike en perspective. Je partirai ensuite en Andalousie, mon Look 785 Huez RS sera du voyage pour de belles ascensions entre de nombreuses visites.
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