Brest – Strasbourg, ma première diagonale !

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Pour une première expérience sur les diagonales de France, j’avais le choix entre des distances et les difficultés. La diagonale Brest – Strasbourg s’est presque imposée immédiatement en raison de sa distance de plus de mille kilomètres. Mais aussi en raison de son profil, avec un parcours certes peu montagneux, mais physique avec de longues portions de toboggans sur presque la totalité du parcours. D’autant que l’orientation du parcours nous impose bien souvent d’aller se frotter aux vents dominants. Et puis rouler d’Ouest en Est, relier l’Atlantique au Vosges, la fin de la terre (Finistère) au Grand Est me semblait être un joli support pour une aventure humaine et sportive.

Je l’avoue, j’avais quelques inquiétudes concernant mon voyage en train direction de Brest. Les expériences vécues par différents cyclo-voyageurs qui avaient réservés leurs places et qui sont rester à quai, me faisait craindre quelques complications pour voyager avec un vélo non démonté. Il n’en fut rien bien au contraire. L’accueil sur le quai de la gare Montparnasse fut chaleureux et l’espace effectivement réservé à bord pour mon vélo. Il y a bien eu un couple de grincheux qui ne comprenaient pas que si eux ne payent rien pour leurs bagages, nous nous payons pour pouvoir voyager avec nos vélos. Pour certains voyageurs, les vélos à bord des trains, sont des obstacles au stockage des bagages. Si la SNCF évolue, certaines mentalités vont devoir changer pour que les déplacements doux et multimodaux puissent entrer pleinement dans les mœurs.


Après une courte nuit passée à l’hôtel F1 de Plougastel, me voilà au commissariat de police de Brest. Cela peut surprendre ! Je tiens à rassurer tous les lecteurs qui vont découvrir les diagonales de France à travers cet article, je n’ai commis aucune infraction routière, je ne roulais pas plus en état d’ébriété et je n’ai écrasé personne… Non, ma visite au Commissariat de Police de Brest est une formalité prévue au règlement des diagonales de France qui prévoit de faire tamponner sa carte de route dans les commissariats de police des villes de départ et d’arrivée. Après un échange sympathique avec les fonctionnaires de gardes, je repars à quatre heures quinze avec mon premier coup de tampon. L’aventure sportive démarre officiellement !


À quatre heures et quinze minutes un vendredi matin, on pourrait penser que la ville de Brest est endormie. Il n’en est rien ! Brest est une ville universitaire. À ce titre, elle connaît les traditionnelles soirées estudiantines du jeudi soir qui se poursuivent jusqu’à tard dans la nuit ou plutôt de bonne heure le lendemain matin. Et lorsque je donne mes premiers coups de pédales, les établissements nocturnes ferment leurs portes et plusieurs groupes d’étudiants rejoignent gaiement leur campus, parfois en zigzaguant au beau milieu de la rue. Vu l’état alcoolisé de certains fêtards, il y aura certainement des absents lors des cours matinaux.

Les premières côtes font leur apparition très rapidement dans Brest. La température certes un peu fraîche reste agréable. J’atteins assez rapidement Guipavas. Les chants et rires des étudiants ne sont plus qu’un lointain souvenir. Je peux enfin entrer dans ma bulle.

Je longe le Fleuve Elorn, je reste cependant en Pays Léon sans passer par la Cornouaille. J’atteins assez rapidement Landerneau, puis Landivisiau. À l’horizon, le ciel prend progressivement une teinte grise, les tons atténués par les nuages créaient une sensation de calme. Le jour se lève progressivement sur la Bretagne sans qu’il ne soit possible d’apercevoir le soleil. Quelques gouttes viennent me saisir au lever du jour, mais cela ne dure guère longtemps. Au lieu-dit Pen Ar C’Hoat entre Landivisiau et Morlaix, je connais mon premier souci de parcours avec l’apparition d’une route sans revêtement que je décrirais plutôt comme un chemin agricole. J’hésite, j’y vais, ça passe. Ça secoue, mais ça passe !

En poursuivant ma route, je n’ai guère le temps de profiter de Morlaix, j’ai juste le temps d’admirer son viaduc d’apercevoir au loin la Manche et surtout de savourer la belle côte de la rue de Paris. J’entre dans les Côtes-d’Armor, au revoir le Finistère ! J’ai déjà parcouru quatre-vingt-quatorze kilomètres lorsque j’aborde Belle-Isle-en-Terre. Je ne verrais rien de ses églises et chapelles, ni du Kastell Mond. Dans la foulée, Guingamp arrive assez rapidement. Je dois y faire tamponner mon carnet de route. Je vais découvrir à cette occasion, que même l’apposition d’un tampon humide sur un carnet de route peut nécessiter un peu de temps et de recherche. Je jette mon dévolu sur une boulangerie. Si j’y achète de quoi me restaurer, la boulangère ne dispose d’aucun tampon encreur. Un tampon pour quoi faire à l’heure de la dématérialisation et des messageries électroniques ? Je me rabats sur le magasin Carrefour City. La caissière surprise de ma demande appelle son responsable, ouf, il en a un ! Je repars enfin avec le précieux sésame. Par mesure de sécurité, j’avais quand même réaliser une photo de ma machine sous le panneau d’entrée de ville. Je le ferais à chaque point de contrôle.


En route pour Combourg, les villes et villages défilent dans un flux routier qui ne fait que s’accroître. Les rayons du soleil arrivent enfin à percer. La ouate grisâtre se disloque peu à peu et laisse la place à une atmosphère plus lumineuse. La traversée de l’agglomération de Saint-Brieuc me semble interminable. Si dans l’ensemble les Bretons sont respectueux des cyclistes, les grandes zones urbaines sont souvent un obstacle au plaisir de pédaler. La moyenne kilométrique s’y effondre. Les feux rouges, les embouteillages et autres ralentissements me font regretter les routes paisibles et calmes des espaces ruraux. Par bonheur, j’arrive enfin à sortir de la cohue et retrouver le calme des routes bucoliques parsemées de quelques bourgs. La route s’aplatit quelque peu à l’approche de l’Ille-et-Vilaine. Les toboggans sont moins prononcés, l’effort se fait moins intense. Dinan est tout aussi difficile à traverser. Sans compter les rues pavées qui me secouent comme un prunier. À chaque fois, j’ai peur pour ma machine et les sacoches.


J’arrive à Combourg en phase avec ma feuille de route. Comme planifié, après une photo sous le panneau de ville, je rejoins la rue des Princes et sa boulangerie. Une quiche et deux magnifiques éclaires constitueront ma pause-déjeuner. Une fois encore la boulangère n’a aucun tampon humide, mais m’indique la Mairie où je pourrais certainement trouver mon bonheur ! Effectivement, quelques minutes, plus tard, j’arrive à l’accueil du service urbanisme où une charmante dame appose la Marianne de la Mairie de Combourg. Décidément, l’activité de fabricants de tampon encreur risque bien de disparaître !


Prochaine étape Gorron ! La traversée de l’Ille-et-Vilaine par Bazouges-la-Pérouse et Fougères ne m’est pas inconnue. Je retrouve une certaine sérénité. Le ventre plein, l’esprit joyeux, j’avance bien ! Je prends même le temps de réaliser quelques photos dans Fougères. Mais j’y retrouve aussi le stress d’une circulation chargée d’une fin de vendredi après-midi, ralenti par les feux rouges. J’arrive néanmoins à me faufiler et sors une nouvelle fois de cette cohue nauséabonde de véhicules. L’odeur des gaz d’échappements n’est vraiment pas mon parfum préféré.


À l’approche de la Mayenne, l’ondulation de la route reprend des forces. En cette fin d’après-midi, il me faut user un peu plus du dérailleur pour franchir quelques talus usants. La distance qui me séparait de Gorron se réduit irrémédiablement. J’échange quelques SMS avec mon hôte du soir pour organiser mon arrivée autour de 19 h 00. À douze kilomètres du point de chute et de ma fin d’étape, en danseuse dans une montée, ma roue arrière se dérobe sur le goudron rugueux. Une crevaison si près du but ! L’endroit n’est pas propice en sortie de montée et en fin de courbe. Les hautes herbes sur les deux bas-côtés ne m’offrent aucune place pour travailler à mon aise et en sécurité. Je répare donc à cheval sur la route et une fine bande de bas-côté, un œil sur chaque voiture en approche. Je trouve l’origine de la crevaison, un bout de fil d’acier encore plus fin qu’une épingle. J’ai recours à la pince à épiler de mon couteau suisse pour l’extraire de la bande de roulement. Est-ce la fatigue, le manque d’attention, ou le stress lié aux voitures qui parfois me rasent, je ne sais pas, mais ma nouvelle chambre à air éclate au gonflage, certainement pincée, lors du remontage. Je répare de nouveau en pestant contre mon manque d’attention ! Je repars après quarante minutes d’arrêt. Par chance, j’arrive à Gorron juste avant la fermeture du « Cocci Market ». J’ai réussi à sauver mon repas du soir et mon petit-déjeuner du lendemain, j’en profite pour faire tamponner mon carnet de route avant de rejoindre mon Airbnb « Chez Francis ». Si vous vous élancez un jour sur cette diagonale, je vous le recommande !

Je termine ma journée avec plus de trois-cent-treize kilomètres parcourus et deux-mille neuf-cent quatre-vingt-dix-huit mètres de dénivelé positif. Mis à part quelques gouttes le matin et un vent défavorable l’après-midi après une bascule en Est-nord-est, la météo a été plutôt clémente avec moi. Ce fut donc une belle journée d’entame de ma diagonale.


N’étant pas tenu par le temps pour l’arrivée, le soir même, je décide de prendre mon temps pour m’élancer. Inutile d’avancer mon horaire de départ. Prendre le temps de petit-déjeuner et de digérer avant de s’élancer pour une longue journée de vélo est essentiel.


Il est près de cinq heures trente lorsque je m’élance. Le jour se lève. À l’horizon, le ciel prend une belle teinte rosée qui annonce une belle journée ensoleillée. Pratiquer la longue distance, c’est aussi et surtout ressentir des sensations que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, c’est vivre chaque jour des moments de contemplation, d’émerveillement. Parmi ces moments, il y a les levers de soleil. Ces moments où l’on sort de la pénombre où le ciel s’enflamme, où la brume évanescente s’échappe du sol pour se dissoudre dans les premiers rayons du soleil. Les contempler, c’est faire corps avec son environnement, vivre intensément chaque rencontre avec l’aube, avec le soleil, chaque journée qui naît ! Le plaisir est toujours aussi intense et je ne m’en lasse pas !


Côté vélo, la journée s’annonce belle et sportive. Belle avec la traversée de la Mayenne, d’une partie de l’Orne et de l’Eure-et-Loir. Sportive, car je connais bien la Mayenne et l’Orne pour les avoir déjà parcourus lors de ma « Normandicat Historique ». Le parcours s’annonce usant avec des enchaînements de montées et descentes. Mais c’est aussi pour cela que j’ai choisi cette diagonale, pour sortir de ma zone de confort et profiter. Sportive aussi du fait du vent contraire qui va venir jouer les trouble-fête et forcir au fur et à mesure de la journée.

Pour l’heure, l’objectif est de rejoindre Saint-Pierre-des-Nids à cinquante-quatre kilomètres de Gorron. Les jambes répondent bien ! Je passe assez facilement les premiers toboggans, parfois même sans avoir à jouer du dérailleur. Mais les bosses deviennent bien plus pentues passé Lassay-les-Châteaux et surtout Javron-les-Chapelles. Aux abords de Villepail, j’arrive sans le savoir sur une partie de l’étape du jour du Tour de la Mayenne 2024. Le village semble se préparer pour l’événement. Les habitants s’activent, les rues sont décorées, les signaleurs assurent la mise en place du fléchage. Nous allons nous croiser régulièrement. Je prends un peu d’avance dans la longue côte de la Corniche avec ses longs passages à plus de 11 %. Rapidement, ils me rattrapent, me doublent, s’arrêtent au carrefour suivant… Ce jeu de saute-mouton va durer une bonne demi-heure. À chaque fois de grands sourires, accompagne mon passage.

Une fois ma solitude retrouvée, je rentre à nouveau dans ma bulle, confortablement installé sur mes prolongateurs. J’arrive assez vite sur Saint-Pierre-des-Nids. Je n’y trouverais aucun commerce de bouche ouverte et me résous à réaliser une simple photo sous le panneau de ville. J’en profite pour me dévêtir et avaler une gaufre liégeoise.


Le pointage suivant doit intervenir à Fontaine-la-Guyon dans l’Eure-et-Loir, mais avant, je dois me diriger sur Alençon. Bien que parfois nommé « ville Nature », comme dans toutes les grosses agglomérations, je suis ralenti et dois faire avec la circulation soutenue. J’aurais aimé ravitailler sur Alençon, mais vu la cohue, je préfère poursuivre et m’arrêter plus loin. La ville de Bellême m’offrira cette opportunité. Premier arrêt, à l’odeur, dans une boulangerie. Malheureusement, la boutique ne vend que du pain, du bon à l’ancienne, mais uniquement du pain, ni sandwich, ni de viennoiseries, ni gâteau. De nombreux cyclistes en mode bikepacking sont arrêtés dans la ville. Je trouve une deuxième boulangerie qui semble prise d’assaut par ces derniers. Ils sont tous sur le BRM 600 de Chartres. Il n’y a plus de sandwich ! Il ne reste que des quiches et autres tartes aux légumes et des flancs. J’arrive à me ravitailler et prends le temps d’ingurgiter mes achats avant de repartir. J’échange avec quelques concurrents du BRM. Certains me déclarent : « il faut être costaud pour s’élancer sur un mille kilomètres ». Je rigole, ils sont sur un 600 ! Et j’en profite pour leur expliquer que lorsque l’on est capable de parcourir les 600 kilomètres d’un Brevet des Randonneurs Mondiaux, on est capable d’en parcourir 1000 sur un BRM ou une diagonale.

La Loupe marque presque la fin des toboggans. La route s’aplatit quelque peu, les difficultés s’effacent au profit d’une route un peu plus plate et surtout d’un vent un peu plus fort et contraire. J’entre bientôt en Eure-et-Loir avec Fontaine-la-Guyon puis Chartres en point de mire. Me voici maintenant dans la Beauce, le grenier de la France. J’arrive à Fontaine-la-Guyon vers quinze heures trente et passe à l’écart du centre-ville. Aussi, je croise un seul commerce : l’Intermarché local en sortie du village. En ce samedi après-midi, il y a foule et je me fais rejeter par le vigile alors que j’essaie de garer mon vélo dans le hall du magasin, le temps de faire quelques emplettes et de faire tamponner ma carte. Laisser mon vélo dehors sans surveillance avec toutes les sacoches dessus ne me dit rien qui vaille. J’abandonne la possibilité de faire tamponner mon carnet de route par la caisse centrale du magasin et poursuis à regret ma route en direction de Chartres.


Les flèches de la cathédrale apparaissent au loin, alors que je me démène contre un vent contraire. Ma vitesse chute dans certaines portions plus exposées. Je me répète alors : »Le vent est mon ami… » Cela ne me fait pas avancer plus vite, mais me permet de conserver le moral et le mental. Tout autour de moi des champs à perte de vue. Je me croirais dans ma Brie. Les blés ondulent au vent en prenant différentes variations de verts. Il n’y a aucun abri qui puisse couper le vent, si ce ne sont quelques bosquets d’arbres dont l’abri est éphémère. Je dois être patient, m’économiser et garder le moral et des forces. Avec ma petite expérience dans les longues chevauchées, j’ai appris au moins une chose, la longue distance est une école de la patiente. Rien ne sert de se battre contre la pente ou contre le vent en cherchant à conserver sa vitesse. La vitesse chute soit, mais on avance, c’est le principal !

J’arrive à Chartres vers seize heures. Je suis plusieurs fois dévié par des travaux et le flux automobile est encore plus soutenu que dans les villes traversées aujourd’hui. Je découvre la cause de cet afflux de voitures et de piétons. La place des Epars est emplie de tentes et de barnums pour ce qui semble être une foire commerciale ou je ne sais quelle autre organisation. Mais le lieu draine le public. Il m’est difficile de trouver ma place entre les voitures cul-à-cul. J’arrive malgré tout à me faufiler par les voies bus. De la mère des cathédrales, je ne verrais que les flèches derrière des groupes d’immeubles. Sans aucun regret, je quitte Chartres et pousse presque un souffle de soulagement lorsque je sors enfin de la Ville. C’est promis pour ma prochaine diagonale, j’éviterai les grosses agglomérations.


Dans la campagne environnante, je retrouve un peu de sérénité. Je peux de nouveau retrouver la paix et reprendre un peu de vitesse. J’arrive bientôt en des lieux connus : Étampes, La Ferté-Alais, l’Essonne, La Seine-et-Marne. Il est presque 20 h 40 lorsque j’arrive à Chailly-en-Bière. Tous les commerces sont fermés, je me résous à me contenter à nouveau d’une photo sous le panneau de ville.


Il est un peu plus de 21 h 00 lorsque j’arrive sur le point de chute du soir avec deux-cent quatre-vingt-dix-neuf kilomètres parcourus et deux-mille quatre-cent-quatre-vingt-seize mètres de dénivelé positif. La seconde étape de ma diagonale est bouclée. J’en suis à plus de six-cents kilomètres de parcourus.

Dès la planification de cette diagonale, j’avais identifié, par certains côtés, l’aspect stratégique de cette troisième journée. En effet, rouler vers le Grand Est depuis la région Île-de-France, c’est s’élancer à travers la diagonale du vide. Cette dernière commence dès le département de l’Aube et se poursuit dans ceux de La Marne, La Haute-Marne, La Meuse, La Meurthe-et-Moselle voire des Vosges. Les commerces ruraux s’y font de plus en plus rares. Aussi, il peut y être très compliqué de se ravitailler quelques soit le jour de la semaine. Et lorsqu’en plus, on s’y élance le dimanche matin et en autonomie totale, cela devient encore plus hasardeux. En effet, la majorité des rares commerces ferment dès la mi-journée. Même le dîner du jour est compromis avec la fermeture de tous les restaurants le dimanche soir dans le secteur d’Haroué où je vais faire relâche ! Enfin, par expérience, certains départements, comme la Marne, ont fait le choix de fermer la quasi-totalité des fontaines publiques par souci d’économie d’eau. Aussi, le ravitaillement en eau nécessite souvent de faire appel aux habitants. Faut-il encore les trouver dans des villages qui paraissent bien souvent désertés ! Cela pimente l’aventure et lui confère se caractère humain. S’élancer sur de telles entreprises nécessite de revenir à l’essentiel : manger, boire, dormir et avancer !


Il est six heures lorsque je m’élance. La température extérieure est douce. Le ciel variable et le vent d’Est autour de dix kilomètres par heure. Cependant, en quittant Livry, je suis encore à l’abri de la forêt. Mais, sitôt sur la départementale 408, le vent d’Est se fait plus marquer. Il va même se renforcer nettement une fois passé Nangis en direction de Provins. Si le vent reste ainsi, la journée s’annonce sportive ! En position aérodynamique sur les prolongateurs, j’essaye de passer au mieux les bosses qui s’égrènent jusqu’à Provins tout en m’économisant.

À ma grande surprise, mes jambes répondent bien. Généralement, le troisième jour est plutôt celui où mes jambes sont lourdes, où mon organisme accuse la fatigue. Là, au contraire, je suis presque aussi bien qu’au premier jour ! Je laisse rapidement Provins derrière moi et pars en direction de La Saulsotte qui marque mon entrée dans le département de l’Aube. Les tours de refroidissement de la Centrale Nucléaire de Nogent-sur-Seine me servent de repère. D’abord, les panaches de vapeur, puis les tours apparaissent plus distinctement et c’est à Liours, hameau de la Saulsotte, que la Centrale se dévoile dans toute sa dimension. Je la laisse sur ma droite et vire à gauche en direction d’Esclavolles-Lurey. J’entre alors dans le département de la Marne. Le profil de la route est plutôt plat et le vent semble se calmer, aussi, j’avance assez bien. Toujours en position aérodynamique sur mes prolongateurs, je savoure ces moments de bien-être. Les villages défilent sans grand attrait. Point de bâtisse historique, de lieu remarquable, uniquement des champs et des villages ou hameaux perdus au beau milieu des champs.

À Conflans-sur-Seine, alors que je m’apprête à redémarrer à un stop, mon attention est attirée par un panneau indiquant l’entrée d’un Proxi marché. Je décide de ne pas laisser passer cette occasion de me ravitailler. Je fais le plein de bananes, saucisson, nectarine jaune et de bretzels salés. Je repars les poches et sacoches pleines de victuailles.

J’atteins Ormes, vers onze heures et vingt minutes. Pour ce point de contrôle, je n’avais guère le choix, soit respecté la règle d’un contrôle tous les cent-vingt kilomètres, soit trouvé une commune avec un commerce et essayer de tenir le plus possible la règle des cent-vingt kilomètres. J’ai donc choisi la première option. Je savais donc à l’avance que je n’y trouverais aucun commerce pour y faire tamponner mon carnet de route. Aussi, seule la photo du vélo sous le panneau d’entrée de ville pouvait valoir pointage. Cependant, la commune lauréate des villages fleuris a poussé le fleurissement jusqu’à mettre un magnifique parterre de roses au droit du panneau de la ville. Il a donc fallu que je joue d’ingéniosité pour prendre en photo le triptyque imposé par le règlement : Le vélo, la plaque de cadre et le panneau de la ville. Prendre une photo, en tenant son lourd vélo d’une main, le téléphone de l’autre et en visant et ajustant le zoom, j’avoue, ce fut presque un travail d’équilibriste nécessitant de s’y reprendre à plusieurs fois. Que ne faut-il pas faire pour valider sa diagonale !


Aux abords de Morembert et jusqu’à Bailly-le-Franc, je me bats contre un vent contraire assez fort. Certains toboggans deviennent compliqués à franchir. Je passe brutalement de vingt-cinq à moins de dix kilomètres par heure. Sur trois-cent-soixante degrés, ce ne sont que des plaines agricoles. Les obstacles au vent sont inexistants. Aussi, il a tout le loisir de jouer avec mes forces et mon mental. Atteindre certains sommets de talus nécessite de jouer du dérailleur en se mettant debout sur les pédales. Je ne me plains pas, c’est aussi cela qui fait que notre sport est un sport passionnant ! Mais je ne peux m’empêcher de repenser à tous ceux qui déclarent qu’en montée le vent joue un rôle mineur, foutaise ! Par bonheur, les blés qui ondulent sous les rafales m’offrent un beau spectacle qui détourne mon attention du combat que je dois mener contre celui qui les anime. Mais je dois rester vigilent, car certaines rafales ont tendance à m’emmener lorsque le vent passe de travers.

Peu après Chavanges, sans être en surrégime, j’ai besoin de recharger les batteries. Manger en roulant et tout en luttant contre le vent et ses rafales me semble hasardeux. Je m’accorde donc un arrêt saucisson, banane et nectarine tout en profitant de la pause pour réaliser quelques photos et autoportraits. Je repars avec la ferme conviction, le vent n’aura pas ma peau !


À Bailly-le-Franc, je quitte le département de l’Aube pour la dernière fois de cette diagonale et entre dans celui de la Haute-Marne. Je suis alors à hauteur du Lac du Der situé quelques kilomètres plus au nord. L’entrée du village avec son église à colombages m’incite à un nouvel arrêt photo. Les points d’intérêts paraissent si rares dans cette campagne, qu’il ne faut pas hésiter lorsque l’occasion se présente.

Eglise de Bailly-le-Franc


Cette entrée dans la Haute-Marne annonce aussi l’approche du dernier point de ravitaillement possible ce dimanche sur la commune de La Portes du Der. Je m’y présente vers quatorze heures trente. La boulangerie ouverte jusqu’en début de soirée est magnifiquement achalandée pour un cycliste affamé. Un sandwich, une quiche lorraine, un flanc, un coca et une grande bouteille d’eau rejoignent l’intérieur de mon casque de vélo juste le temps de trouver un banc et de savourer un déjeuner bien mérité. Lutter contre le vent creuse l’appétit.

Avec le ciel bien dégagé, la chaleur monte assez vite. Je n’y ai pas pris garde, mais mes bras et mes jambes rougissent, et je m’aperçois alors que je n’ai pas du tout pensé à la crème solaire… Je repars les bidons et le ventre plein, prêt pour affronter les difficultés à venir, car la partie la plus importante du dénivelé du jour se situe encore devant moi. Et surtout, le profil va commencer à s’élever dès la sortie de la bourgade. Les premières ascensions ne sont pas trop compliquées. La pente oscille autour de cinq à sept pour cent. La circulation est plutôt atone en ce début d’après-midi. J’en profite pour savourer le calme et les quelques difficultés que je franchis à mon rythme. Les paysages changent, les cultures s’effacent au profit de forêts denses.

Montiers-sur-Saulx marque l’entrée dans le département de la Meuse et mon arrivée dans les Portes de la Meuse. Le village semble en fête. La musique et le brouhaha vont m’accompagner sur les premiers hectomètres de la montée, puis s’estompent peu à peu. Le chant des oiseaux reprend alors le dessus.

Dès Rachecourt-sur-Marne, les difficultés s’enchaînent sans répit avec six montées l’une derrière l’autre. Je les franchi tranquillement en montant à mon rythme. D’autant qu’avec la chaleur, mes bidons se vident. J’essaye d’économiser l’eau et mes efforts. Par chance, la circulation reste quai inexistante.

La Marne à Rachecourt-sur-Marne


À dix-sept heures quarante, j’arrive à Houdelaincourt. Dernier pointage de la journée. Comme pour le pointage précédent, dimanche oblige, la photo sera le seul moyen d’officialiser mon passage et donc le pointage de mon carnet de route. En descendant, la rue d’Orléans, un pilote de quad remonte la rue en sens inverse, et s’arrête au loin devant moi. Je tombe sur une famille au grand complet sur le pas de sa porte. L’occasion est trop belle pour quémander un peu d’eau. Ils sont étonnés par ce que je suis en train de faire : « Vous êtes parti de Brest vendredi matin ! Vous avez bien du courage… » Je leur réponds que : « la passion donne des ailes ! ». Ils m’encouragent pour la suite, je repars non sans les remercier !


Passé Burey-en-Vaux, le profil se fait moins accidenté et le vent semble vouloir s’apaiser. J’en profite pour essayer d’accélérer un peu sans trop gâcher de forces, car il me reste encoure deux montées.

À Vannes-le-Châtel, j’entre dans La Meurthe-et-Moselle. Initialement, j’avais prévu de faire relâche dans un gîte d’étape sur cette commune. Cependant, les conditions d’accès y étaient trop strictes pour un diagonaliste. Je me suis donc rabattu sur Haroué. Justement, je m’approche de ma fin d’étape ! À partir de Colombey-les-Belles, le profil repart doucement, mais sûrement à la hausse avec l’arrivée de l’avant dernière difficulté. Peu avant Crépey, je bascule dans une descente revigorante et fonce en direction de Vézelise et de la dernière difficulté avant Haroué. Si Vézelise est connue pour sa bière, je n’aurai pas l’occasion de la goûter, vu l’heure tardive de mon passage. La dernière montée vers le sommet de la colline de Sion, n’est guère pentue. Un peu longue certes, après cette longue journée, mais avec l’approche d’Haroué et de mon arrêt Airbnb « Chez José et Estelle », l’enthousiasme est bien là !

J’arrive à Haroué à presque vingt-et-une heures soit plus de trois heures après l’heure prévue sur mon plan de route. Mais cela ne devrait pas jouer sur les délais d’arrivée sur Strasbourg le lendemain. Je vais juste un peu moins dormir la nuit prochaine. Pour ce soir, le menu est assez simple : saumon et tagliatelles lyophilisés avec un peu de saucissons, une banane et la dernière Nectarine.

Je termine cette belle journée de vélo avec plus de deux-cent quatre-vingt-seize kilomètres pour deux-mille cent-soixante-quinze mètres de dénivelé positif.


Le dernier jour d’une aventure est un peu un jour de fête. La ligne d’arrivée approche, l’euphorie prend alors le pas sur la concentration. C’est généralement le moment où l’on prend pleinement conscience de ce que l’on vient de parcourir. Les jours précédents pris dans l’effort et la gestion, il n’y avait pas encore de place pour le bilan. Mais l’approche du final ne doit pas m’empêcher de rester appliqué, car tout peut encore arriver. Un incident mécanique, une chute peuvent encore se mettre en travers de ma route. Le relâchement ne peut pas être total. Mais il faut aussi savoir savourer, profiter, car c’est un peu le ciment de ses aventures…


Le profil de l’étape du jour est assez simple. Une première partie un peu accidentée sur soixante-dix-huit kilomètres avec le col du Hantz en point d’orgue final, puis une longue descente soixante-quatre kilomètres vers Strasbourg.

Il est six heures et quinze minutes, lorsque je quitte Haroué. Le village semble endormi. À l’horizon, les premières lueurs du soleil apparaissent. Le ciel, encombré de quelques nuages prend des teintes qui oscillent entre le bleu, le gris et le rose. Derrière sa grille, la Château d’Haroué s’illumine peu à peu. Dans la campagne, les cultures prennent une teinte dorée et par endroit semblent s’enflammer. Les premiers rayons de soleil réchauffent l’atmosphère. Ce dernier lever de soleil de ma diagonale est magnifique. Je savoure pleinement d’autant que je ne suis pas pressé par le temps.

Physiquement, je suis en forme. Les muscles répondent bien et aucune douleur ne vient perturber mon avancée. Les efforts des jours précédents n’ont pas marqué plus que cela mon organisme, excepté le manque de sommeil qui est plus marqué ce matin, cela ne m’empêche en rien d’être bien sur le vélo.


Sitôt quitté Haroué, je retrouve les traditionnelles bosses qui viennent égayer ma progression. Dans les pâtures, les vaches m’observent et levant la tête machinalement tout en continuant de ruminer. J’arrive assez rapidement sur Bayon. La vie commence à reprendre. Quelques commerçants s’activent pour l’ouverture leurs boutiques. Mais je retrouve assez vite la campagne meurthe-et-mosellane. Elle s’étale sur trois-cent-soixante degrés sous des formes géométriques disparates et dans un nuancier de verts. Seules quelques forêts viennent rompre la ligne d’horizon rectiligne des pâtures et cultures. Tout est paisible, tout est calme en ce début de matinée. Un lièvre détale par ci, un rapace s’envole par là et partout des vaches à la robes fauve ou marron.

Après quarante-cinq kilomètres, j’atteins Baccarat ! Je n’ai guère le temps de m’y arrêter et je poursuis ma route. Vers sept heures cinquante-cinq, je reçois un message : « Ça va ? Où es-tu ? Jocelyne » ! Je suis alors à une vingtaine de kilomètres de Raon-l’Étape où je dois faire tamponner mon carnet de route. Nous allons échanger tout au long de la matinée quelques messages pour caler notre rencontre sur la route en direction de Strasbourg.

Petit à petit, les paysages changent. Les contreforts des Vosges apparaissent. D’ailleurs, passé Magnières, j’entre dans le département des Vosges. À neuf heures, j’arrive à Raon-l’Étape où je fais tamponner mon carnet de route à la Boulangerie Merling Sylvain. Non sans avoir acheté de quoi me restaurer un peu pour le final.


Quelques kilomètres après Raon-l’Étape, je parviens à Moyenmoutier et à son magnifique Abbaye Saint-Hydulphe. En grès rose des Vosges, la bâtisse baroque est remarquable. Par ses dimensions, elle attire forcément l’attention. Je prends quelques minutes pour la contempler depuis la route avant de repartir vers La Petite-Raon.

Abbaye Saint-Hydulphe de Moyenmoutier

Peu avant le village de Senones, au pied du col du Hantz, je suis dévié en raison de travaux routiers. Je dois ainsi quitter la D 424 et m’engager sur la gauche dans la rue de Moussey. Arrivé sur la Petite-Raon, j’hésite entre passer à travers le village ou poursuivre sur la déviation. Après échange avec une habitante, je décide de rester sur la déviation qui devrait me conduire au col du Hantz via Moussey et le Saulcy. Il s’agit en fait d’une variante de l’ascension du col du Hantz. Cela va me rallonger le parcours d’une bonne paire de kilomètres. La traversée de Moussey est relativement calme, si je vais abstraction des quelques camions qui montent vers le col ou en descendent.

Le ciel se couvre de plus en plus et ne laisse rien présager de bon. La perte de luminosité est accentuée par la présence d’une forêt dense. La pente n’est pas très importante et la route agréable. Je monte en profitant des paysages et de cette sensation de bien-être. À Le Saulcy où je retrouve la D 424 et reviens sur ma trace initiale. J’atteins assez rapidement le sommet du col du Hantz. Dans le final, les premières gouttes commencent à tomber tout en restant loin de l’averse. Je profite du sommet pour immortaliser mon passage sur le col. Voilà un nouveau col inscrit à mon tableau des cent cols. Le Col marque l’entrée dans le Bas-Rhin. Mon passage dans les Vosges aura été rapide et court.

Après quelques minutes d’arrêt, je m’élance dans la descente en direction de Schirmeck. Deux cents à trois cents plus bas, je suis pris dans une grosse averse orageuse. Mon entrée en terre alsacienne est plutôt arrosée ! Par bonheur, les branches d’un gros arbre m’offrent un abri précaire, le temps de revêtir ma veste et ma casquette de pluie. Je repars aussitôt. L’intensité de la pluie s’accroît encore. Ma vitesse chute pour mieux contrôler mes trajectoires et l’adhérence. Il s’agit de ne pas tomber si près de l’arrivée d’autant que je ne connais pas cette descente.

Nouvel arrêt pour allumer mon feu arrière et ma lampe avant. Toutes les voitures sont, elles passées en feux de croisement. Je n’ai pas le temps de porter une attention aux villages traversés. La tête rentrée dans mon col de veste de pluie, j’avale la descente, concentré sur ma route et en espérant que la pluie cesse rapidement. Elle m’accompagne jusqu’à Schirmeck et joue même avec moi. En effet, vu le déluge, je décide d’abandonner ma veste de pluie légère et de revêtir ma Gore Tex. Et c’est alors que j’ai déballé ma sacoche de selle et que je commence à me changer que la pluie daigne enfin cesser. Pour assurer la suite, je fais le choix de ranger sommairement ma sacoche et de me ravitailler dans une boulangerie le temps de voir si la pluie cesse vraiment avant d’abandonner définitivement ma Gore Tex.

Quelques minutes, plus tard, le ciel s’éclaircit à nouveau. J’abandonne donc mes vestes de pluie. Range correctement ma sacoche de selle et repars en direction de Strasbourg. À partir de Schirmeck, la route semble s’aplatir. Calé sur mes prolongateurs, j’avance à bonne allure. Le compteur oscille entre trente-cinq et trente-sept kilomètres par heure et mes sensations sont bonnes. Je ne ressens pas la fatigue et j’ai la sensation de pouvoir rouler ainsi des kilomètres et des kilomètres sans faiblir. L’euphorie, le flow, c’est aussi pour ces moments de grâce où le psychologique et le physique sont optimales, que je pratique la longue distance. Il n’y a que dans cette pratique que j’arrive à atteindre cet état de bien-être. Je fais corps avec l’environnement et l’effort s’efface, je me sens léger, facile…

Entre Duttlenheim et Duppigheim, je fais jonction avec Jocelyne. Pour mes lecteurs qui découvrent à travers cet article les diagonales de France, Jocelyne est une Sariste. Ainsi, elle fait partie bénévolement du Service d’Accompagnement Routier (SAR) de l’Amicale des Diagonalistes de France. À ce titre, elle accompagne tous les candidats diagonalistes au départ de Strasbourg ou à l’arrivée sur la Capitale Alsacienne (voir ci-dessous). Son aide est précieuse, même si j’ai bien failli lâcher Jocelyne dès les premiers kilomètres pris par l’euphorie de l’arrivée et de mes superbes sensations sur le vélo. J’ai donc laissé Jocelyne passer devant en m’attachant à la suivre en levant le pied et en profitant du guidage. Bien m’en a pris, car Strasbourg est un véritable labyrinthe pour vélo. Les pistes cyclables en grand nombre passent brutalement de la route au trottoir, des voies bus aux voies vertes, la signalisation est assez complexe. Rester sur la route et abandonner le réseau compliqué des voies cyclables, c’est s’exposer aux remontrances des automobilistes. Il faut donc rester sur les voies et essayer d’en comprendre le cheminement. À ce titre, on critique beaucoup Paris, mais je trouve qu’il est bien plus simple de rouler à vélo dans Paris que dans Strasbourg.

Après 1050 kilomètres, comment ne pas réaliser la traditionnelle photo sous le panneau d’entrée de la ville, inversé par les agriculteurs en signe d’exaspération pour leur profession. Mais le panneau de ville reste le panneau de ville, et inversé ou pas, il marque malgré tout la fin d’un beau périple. Nous prenons quelques minutes pour réaliser quelques photos. Nous ne tardons pas ensuite à rejoindre le commissariat de Police de Strasbourg, car pour rappel seul le coup de tampon ou la photo devant le commissariat est retenu pour la validation de la diagonale. Nous sommes reçues chaleureusement et c’est avec le sourire que le factionnaire tamponne mon carnet et me félicite. J’envoie le SMS d’arrivé à Pascal, qui en retour me félicite.

Me voici diagonaliste !


Je ne peux clore cet article sans évoquer Jocelyne. Lorsque l’on s’intéresse au Podcast sur les diagonales de France et la longue distance de Marc Jacquemont bon nombre de diagonalistes évoquent Jojo, ou la Madone de Strasbourg ou plus simplement Jocelyne. Et lorsque l’on découvre les diagonales de France, on ne s’intéresse, pas de prime abord, aux saristes dont la liste est transmise par Pascal le délégué de l’amicale des diagonales de France. Le documents précise : « Les services qu’ils peuvent rendre sont variables. Ainsi, selon leur disponibilité, ils peuvent répondre à des demandes de renseignements sur le tronçon d’itinéraire qui les « concerne ». Ils peuvent nous aider à la traversée de grandes villes ou autres zones difficiles. Plus rarement, heureusement, ils peuvent assurer un dépannage d’urgence. Et le plus souvent, ils peuvent nous accompagner sur quelques kilomètres pendant la Diagonale ».

Sur Strasbourg, les diagonalistes peuvent ainsi s’appuyer sur Jocelyne qui œuvre bénévolement et sans compter. Elle nous accompagne si nous nous élançons de Strasbourg et nous aide à quitter l’agglomération via le commissariat de Police. Elle vient à notre rencontre lorsque nous arrivons à Strasbourg et nous guide inversement jusqu’au commissariat de Police. Mais elle fait bien plus que cela ! Elle nous accueil, nous nourrit, nous offre un logis où dormir avant de nous élancer ou pour récupérer avant de repartir vers nos foyers sans rien demander en retour. Elle refuse même de l’aide lorsque l’on se propose de l’aider. Chez elle, les diagonalistes se croisent, se retrouvent, restent parfois quelques jours. Aussi, régulièrement, il y a foule chez Jocelyne qui reste au petit soin. Elle peut aussi servir de « conciergerie » pour les diagonalistes qui doublent ou triplent en gardant du matériel qui sera repris au retour. Elle ne nous laisse pas reprendre le train sans nous accompagner jusqu’à la gare. Lorsque je suis arrivé, Luc, lui s’élançait à quatre heures pour une diagonale Strasbourg-Perpignan et Jocelyne l’a accompagné puis est venu à ma rencontre. Le jour de mon départ, trois autres diagonalistes devaient arriver pour s’élancer depuis Strasbourg. Les journées de « sariste » de Jocelyne peuvent être longues et chargées. Aussi, je tiens à la remercier chaleureusement pour sa disponibilité, pour son accueil et sa gentillesse. Encore merci Jocelyne !

La longue distance ou ce que beaucoup nomment l’ultra distance, ne se résument pas seulement aux épreuves chronométrées très médiatiques qui fleurissent depuis plusieurs années. La longue distance, c’est aussi des organisations bien plus anciennes comme la flèche Vélocio, Paris-Brest-Paris, ou les diagonales de France. Pour ma part, j’ai fait la connaissance des diagonales de France grâce aux réseaux sociaux. Rapidement, j’ai pris conscience que si les diagonales de France ne sont pas des courses, elles ne sont pas non plus de simples randonnées cyclotouristes bucoliques de mille kilomètres que l’on parcourt la fleur à la bouche et les doigts de pied en éventail en sifflotant. Ce sont de véritables aventure sportives et humaines. En effet, pour obtenir leur validation, il faut impérativement respecter les délais imposés pour clore le parcours. Et en y regardant de plus près, il ne faut pas musarder en route. Quatre-vingt-huit heures, par exemple, pour une diagonale Brest-Strasbourg arrêt compris, cela laisse peu de temps pour une aventure en dilettante, surtout sur la météorologie ou la mécanique jouent contre nous. Aussi, les diagonales de France sont bien de véritables aventures sportives et autonomie totale où la gestion du parcours, du temps et de la logistique deviennent stratégiques et constituent une part importante de la réussite. Elles ne pouvaient donc que m’intéresser !

Les diagonales de France par certains aspects peuvent aussi attirer tous ceux qui aspirent à créer leurs aventures de toute pièce, car contrairement à bon nombre d’épreuves chronométrées ou randonnées permanentes, nous devons créer notre propre trace avant de nous élancer. L’aventure débute, ainsi, bien avant le premier coup de pédale. Le nez sur une carte à concevoir la meilleure route. Selon nos aspirations, ce sera un équilibre plus ou moins marqué entre distance et dénivelée, entre routes blanches et grands axes, entre ruralité et urbanité…

En écoutant les podcasts de Marc Jacquemont, il y a plusieurs façons de gérer le temps pour réussir sa diagonale. Pour ma part, j’ai fait le choix d’un découpage stratégique du parcours avec trois premières journées à trois-cents kilomètres et une dernière demi-journée à cent-quarante kilomètres. Ainsi, j’ai pu arriver à Strasbourg en parfaite adéquation avec ma feuille de route. Cette stratégie nécessite de trouver des points de chute pour la nuit où l’on peut arriver et repartir à toute heure. Sur les conseils d’Alain un ami diagonaliste et membre de notre Team Cyclosportissimo, j’ai opté pour des Airbnb. Et je ne regrette pas cette option. Si je ne rechigne pas à bivouaquer les nuits d’été, j’ai préféré assurer le confort d’autant que les mois de mai peuvent nous réserver quelques surprises côté de la météorologie.

Côté logistique, je n’ai pas rencontré de problème particulier. Mes quelques expériences dans la longue distance, m’ont permis d’optimiser l’organisation de mes sacoches. Aussi, je la reproduis sur toutes les aventures en l’adaptant notamment aux conditions météorologiques en enlevant ou rajoutant des éléments. Mon organisation par poste, me permet de pouvoir trouver les équipements dans un domaine, sans avoir à ouvrir toutes les sacoches. Et sur cette diagonale, je n’ai manqué de rien.

Côté alimentation, j’ai anticipé la traversée de la diagonale du vide le dimanche en emmenant des repas lyophilisés pour le dîner du soir et le petit-déjeuner du lundi matin. Les sachets tiennent peu de place et sont légers. Chaque sachet apporte 600 à 700 kilocalories. Et ils peuvent se réhydrater avec de l’eau chaude ou froide. Sur les autres jours, mon alimentation reposait sur les arrêts dans les boulangeries et épiceries en journée et un repas complet le soir au restaurant ou fait maison via les achats sur la route avant d’arrivée sur le point de chute en Airbnb.

Côté parcours, je pense que sur une prochaine expérience, j’éviterai, si possible, les grosses agglomérations. Les traverser n’est jamais un plaisir et s’avère presque toujours compliqué. Je leur préfère grandement les petites villes plus calmes et accessibles.


Un grand merci à Pascal Bachelard pour la gestion de mon inscription, à Jocelyne pour son accueil exceptionnel et son dévouement, à Marc Jacquemont pour son Podcast et bien sûr à mon épouse qui me laisse partir sur mes aventures et en particulier sur celle-ci.


Cette première diagonale fut une belle aventure. Je pense repartir assez vite sur la « Dunkerque-Perpignan » !

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