Les Trois Ballons 2018, un beau chantier…

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La cyclosportive les « Trois Ballons » est un peu à part dans le calendrier cyclosportif français. C’est notamment l’une des rares épreuves à proposer un parcours de plus de deux cent dix kilomètres avec un dénivelé positif de plus de quatre mille quatre-cent mètre.

Avec de telles caractéristiques, sa renommée à l’extérieur de l’hexagone n’est plus à faire ! Quatorze nationalités y sont représentées et font des Trois ballons l’une des cyclosportives françaises les plus internationalisées avec les Marmottes et les Hautes Routes des Alpes et des Pyrénées. On pourrait s’attendre à ce que les français soient les plus présents, mais il n’en est rien ! Nous nous classons seulement à la troisième position sur le parcours Granfondo avec seulement cent quatre-vingt-dix-sept représentants sur mille quatre-cent quatre-vingt-quatorze inscrits, loin derrière les Pays-Bas, quatre-cent vingt-huit concurrents, et nos voisins belges sept-cent treize finishers. Ce désamour des cyclosportifs français pour les longues épreuves montagnardes reflète la tendance actuelle. Les coursiers des vire-vires investissent en masse les cyclosportives en faisant petit à petit, réduire les distances et le dénivelé des épreuves. Il n’y a qu’à écouter les remarques sur les lignes de départ pour s’en rendre compte « Trop long, trop dure… ». C’est oublier bien vite qu’à l’origine les épreuves cyclosportives étaient essentiellement des épreuves d’endurance mêlant distance et dénivelé. C’est d’ailleurs la définition même du terme « Gran fondo », créé en Italie dans les années 1970 et traduit en anglais par « Big Ride », qui concerne des épreuves cyclistes longue distance sur route.

Cette sixième cyclosportive de ma saison 2018 devait être un test pour moi. Il s’agissait de valider définitivement mon protocole alimentaire pré-cyclosportif et de trouver un mode de ravitaillement qui me fasse oublier définitivement les soucis rencontrés sur la Morvandelle, la Bourgogne Cyclo et notamment mon rejet des barres sucrées. Les gels utilisés sur la Ridley Granfondo Vosges et sur les Boucles de la Marne semblent bien acceptés par mon organisme. Depuis ces mêmes épreuves, j’ai également testé un protocole alimentaire pré-compétitive pour arriver le jour de l’épreuve avec une charge en glycogène musculaire satisfaisant sans pour autant se nourrir uniquement de pâtes et de riz. Aussi, au moment de rejoindre Luxeuil-les-Bains, mon objectif pour les Trois Ballons était bien de prendre du plaisir et d’effacer définitivement mes problèmes de nausée et de coup de fatigue rencontrés précédemment et de finir cette belle épreuve dans de bonnes conditions.

Le départ est donné aux environs de 7h15. Comme à l’accoutumée sur cette épreuve, la ligne de départ est bien garnie. Si l’édition précédente avait été marquée par une forte chaleur, le ciel gris argent laisse présager un risque de pluie, cette option ne me déplaît pas car souvent la pluie me redonne un coup de fouet.

Le parcours étant plutôt sélectif, le peloton s’élance un ton légèrement en dessous des vitesses habituelles. Même si cela est relatif, car nous oscillons quand même autour de quarante kilomètres par heure. Le début de parcours prend rapidement un profil en faux plat montant. De petits groupes se forment. Au loin des nuages s’accrochent aux sommets des premiers reliefs. Nous mettrons trente minute pour atteindre Faucogney-la-Mer et débuter l’ascension du premier raidar du jour « La côte de Faucogney ». Etant en jambe, j’en profite pour y établir un record personnel. Vient ensuite le col de la Chevestray que nous gravissons assez rapidement avant de redescendre sur le premier ravito de « Plancher les Mines » ayant très peu consommé d’eau, je décide de faire l »impasse sur ce ravitaillement et poursuis ma route. Nous attaquons de suite l’ascension du Ballon de Servance. Le vert y règne en maître, alors que les nuages qui s’accrochent à flanc de montagne donne à l’air un aspect cotonneux caractéristique et très particulier des forêts d’altitude. Le taux d’humidité reste très élevé, il devient de plus en plus difficile de garder les lunettes tellement la buée réduit la visibilité. Au gré de la montée des groupes se font et se défont. Je tiens mon rythme en restant concentré sur mon objectif « ne pas partir trop vite et de tenir sur la distance ». Le sommet marque la première cinquantaine de kilomètres du parcours. La brume matinale semble se percer au sommet.

La descente ne présente pas trop de souci technique, il faut juste prendre garde aux concurrents qui ne maîtrisent pas leurs trajectoires. Un peu avant Thillot, qui marque la fin de la descente, nous quittons la Haute-Saônes et faisons une incursion dans le département des Vosges. Premier arrêt, le ravitaillement de Travexin tombe à point. Comme sur toutes les grandes épreuves il y a du monde ! Faire le plein de ses bidons nécessite un peu de patience et d’ordre. J’oublie donc le chrono le temps d’absorber deux petits sandwichs au camembert et de compléter mes bidons. Je suis bien, pas de coup de fatigue, de bonnes sensations. J’arrive à m’alimenter comme il faut. Ce début de course est un vrai régal. Je repars ! Passer le point de ravitaillement, nous roulons en ordre dispersé. Il n’y a pas de véritable peloton mais un long défilé de cyclistes qui roulent chacun à leur rythme. La montée sur le col d’Oderen se fait sans encombre. La route d’Alsace sur laquelle nous progressons chemine à travers les prés. Nous traversons de nombreux villages et hameaux paisibles. Petit à petit les nuages s’estompent et laissent passer de plus en plus le soleil. Je mets près de trente-cinq minutes pour parcourir les plus de huit kilomètres d’ascension. Au sommet du col nous quittons les Vosges et passons dans le département du Haut Rhin. La descente nous fait plonger en direction de Kruth. Nous n’aurons guère le temps de faire trempette sur les bords du lac, car il nous faut attaquer la rude ascension vers Markstein. Nous entrons alors sur la fameuse et belle route des crêtes qui va nous conduire jusqu’au Grand ballon via la station du Markstein.

Dès le virage à droite sur la D13b au pied du col, nous sommes presque à la mi-parcours, nous entamons surtout la partie la plus exigeant de ce dernier. Elle va nous  emmener jusqu’à la très difficile Planche des Belles filles en nous faisant gravir tout à tour le Markstein, le Grand Ballon, le col du Hundsruk et le Ballon d’Alsace. Et le profil de ces difficultés incite vraiment à rouler intelligemment pour économiser ses efforts et réussir à franchir la ligne d’arrivée. Aussi, comme beaucoup, je monte au rythme ou plutôt à l’économie. Nous progressons exclusivement en forêt, malheureusement, le sillon tracé par la route offre peu d’ombre. Lors de l’édition 2017, comme beaucoup, j’avais véritablement souffert de la chaleur dans cette longue montée de plus de dix-huit kilomètres. Le « ravito » placé traditionnellement au sommet du Markstein avait été salvateur mais oh combien difficile à atteindre. Par bonheur, sur cet opus 2018 et au plus fort de la montée, la température n’excédera pas les vingt-cinq degrés. Toutefois, nous sommes nombreux à monter le maillot grand ouvert pour évacuer l’élévation de température liée à l’effort, car dès les premiers kilomètres le ton est donné. Les passages compris entre neuf et dix pour cent se succèdent et nécessitent de jouer du braquet. Certains concurrents s’arrêtent pour récupérer un peu ou se restaurer, d’autres essayent de grappiller quelques places en accélérant dès que la pente le permet. Je m’enferme alors dans la bulle pour rester concentré sur mes objectifs en termes d’effort et de vitesse. A l’approche du Markstein, l’horizon se dégage de la cime des arbres.  En contre-bas la vue sur la vallée se dévoile sur notre droite. Au loin quelques nuages sombres semblent accrochés sur le sommet du Grand Ballon. Encore quelques kilomètres et le « ravito » apparaît enfin. Faire l’impasse serait une erreur, je m’arrête donc et fait la queue pour obtenir de l’eau et manger un peu. Les point de ravitaillement sont aussi une façon de profiter des paysages tout en se restaurant. Pour ma part c’est également le moment privilégier pour envoyer des infos à ma chérie, quelques photos ou selfie un SMS, elle est rassurée tout va bien. Elle peut ainsi suivre ma progression et mon état de fatigue.

Le sommet du Markstein

Une fois ravitaillé, je ne tarde pas à repartir en direction du sommet du grand ballon. Par son versant Ouest, cette ascension n’excède pas sept kilomètres et la partie la plus abrupte se trouve essentiellement sur le final avec des pentes à huit pour cent. Mais tout commence d’abord par une petite descente où j’en profite pour mouliner et détendre mes muscles. Dès les premiers hectomètres, la pluie fait son apparition, d’abord sous forme de gouttes puis d’une bonne pluie d’orage. Contrairement à certains concurrents, je fais le choix de ne pas revêtir ma veste de pluie. Si vous me suivez un peu, vous savez que la pluie ne me dérange pas. Sur une course comme les Trois ballons elle peut même être une alliée car elle me donne généralement un coup de fouet en faisant tomber la température ambiante et corporelle. Elle m’évite souvent la surchauffe. D’autant que celle-ci semble bien provisoire, le ciel se dégageant déjà derrière. Je retrouve un nouveau souffle et suis prêt pour la difficulté suivante. Mais avant d’atteindre le col du Hundsruk, il me faut déjà avaler la descente du Grand Ballon en direction de Willer-sur-Thur. Cette descente est assez technique et la connaissant bien, j’arrive à y lâcher les freins. Je la dévale avec deux autre concurrents étrangers à la vitesse moyenne de presque cinquante kilomètres pas heure. A Willer, la route s’aplatit un peu, mais le répit est de courte durée, car nous arrivons rapidement au pied du col du Hundsruk avec ses presque cinq kilomètres et demi et une pente moyenne comprise entre six et sept pour cent. Par moment le revêtement de la route ne rend pas trop bien. Aussi, la vitesse moyenne s’établit à environ dix kilomètres par heure. Il faut parfois lutter contre la rugosité et les secousses. Je contrôle pour tenir mon objectif et économiser mes forces… J’atteins le sommet du Hundsruk en un tout petit peu plus d’une demi-heure. Je suis toujours avec mon binôme d’origine nordique, que je présume danois, suédois ou norvégien… Comme pour la descente du Grand Ballon, nous lâchons les freins et prenons tout trois plaisir surpris dans notre « run » par un photographe de « PHOTO BRETON ». La descente comprend une petite remontée sur le col du Schirm pour repartir ensuite de plus belle

Dès le pied de la descente nous roulons en direction de Masevaux puis de Sewen où se trouve l’avant-dernier ravitaillement. La remontée sur Sewen est un long faux plat montant de prés de dix kilomètres. Il est épuisant avec un léger vent de face. J’essaye de tenir une bonne moyenne sans trop y laisser de force. Mon arrivée sur le ravitaillement de Sewen se transforme alors en une pause de récupération avant l’avant-dernière difficulté du jour : l’ascension du Ballon d’Alsace. Les bénévoles taquinent quelques concurrents curieux de connaitre la suite du programme. Ils testent leur mental en exagérant la pénibilité de la prochaine ascension. Les mots semblent pesés, certains visages se ferment. Je préfère donc repartir et rester dans ma bulle en prenant les difficultés les unes après les autres. Bien sûr que ça montera et que ce sera certainement difficile, nous sommes venus pour cela ! 

L’ascension sur le Ballon d’Alsace par Sewen présente une longueur de presque huit kilomètres pour une pente moyenne de sept pour cent, et plusieurs portions pouvant atteindre ou dépasser ponctuellement les onze pour cent. Il ne faut pas s’affoler et rester concentrer sur l’objectif. Pour ma part je coupe cette ascension en deux parties fictives, la première va de Sewen au lac d’Alfred et la seconde nous emmènera du lac d’Alfred jusqu’au sommet. Couper les ascensions en tronçon me permet de mieux les gérer mentalement. Les lacets qui emmènent sur le lac sont assez agréables à monter. Parfois pentus, ils sont  assez caractéristiques des ascensions montagnardes. A leur sommet, la vue sur le lac est très brève car nous repartons rapidement sous le couvert végétal. Les pluies récentes ont rafraîchi l’atmosphère, la température qui avait atteint les trente degrés dans la vallée redescend tranquillement pour se stabiliser autour de vingt degrés. La pente oscille maintenant entre cinq et onze pour cent. La fatigue commençant à s’installer, il faut donc essayer de monter en souplesse pour préserver les quelques forces restantes. Il me faudra prés de cinquante-trois minutes pour atteindre le sommet du col et m’engager dans les descentes en direction de Giromagny.

À la sortie de Giromagny, je m’emballe un peu et trop et commets l’erreur de vouloir accélérer dans la montée sur la départementale douze pour essayer de finir dans un bon temps. Mes muscles n’apprécient pas du tout cette accélération. Une crampe du muscle droit interne survient brutalement dans la cuisse droite. Elle m’oblige à m’arrêter, je m’étire et masse le muscle pour enfin repartir en souplesse. Malheureusement, cette crampe ne me quittera plus jusqu’à la ligne d’arrivée. J’aurais beau soigner mon hydratation et mon alimentation rien n’y fera, à chaque changement brutal de rythme ou de force elle réapparaîtra. La sentant à chaque fois venir, je passerais le plus souvent en danseuse pour étirer le plus possible le muscle tout en roulant.

Quinze kilomètres me séparent de la Planche des Belles Filles qui sera le final de cette épreuve. Les noms des villages et des hameaux défilent, je les connais tous : Auxelles-Bas, Plancher-Bas, La Poierie, le Malbazin,  le Rapois, le Mont et enfin Plancher les Mines. Je m’arrête au dernier ravitaillement avant de m’élancer vers l’ascension finale : La Planche des Belles Filles ! Je tente en vain d’appeler ma chérie pour lui dire que j’arrive mais ça ne passe pas ! La ligne d’arrivée est juchée tout en haut et bien loin des antennes relai aussi les téléphones portables ne passent pas toujours. Je repars…

La montée vers La Planche des Belles Filles, est vraiment un final exigeant mais qui siait vraiment bien à cette belle épreuve des Trois Ballons. Dès la fin du premier kilomètre, le compteur s’affole. La pente monte à dix-sept pour cent. Un mur se dresse devant nous, un mur physique mais aussi mental. Certains mettent pieds à terre. Malgré ma crainte sur le retour des crampes, j’arrive à passer ! Le lacet suivant s’aplatit un peu et une portion à seulement deux pour cent permet de récupérer. Mais ça repart très vite à la hausse. Le deuxième kilomètre oscille ainsi entre neuf et onze pour cent. Les kilomètres suivants oscillent autour de huit et neuf pour cent. En fait la pente ne se calme qu’à l’approche de la station de ski. Il faut en profiter pour récupérer, car le final monte à 20%. Au pied du dernier mur, je sais que deux cents mètres plus loin se trouve la ligne d’arrivée, il n’est plus question de s’économiser. Je m’élance ! A plusieurs reprises la roue avant décolle du sol sous l’effet de la pente. Ce que je craignais arrive: retour brutal des crampes ! Je manque de chuter et j’ai juste le temps de poser le pied à terre. Après étirement, je tente de repartir mais avec la pente et les crampes c’est mission impossible. En temps normal repartir dans une pente à vingt pour cent est déjà physique alors avec des crampes c’est s’imposer un terrible challenge… Après quelques essais perpendiculaires à la pente, je cède et franchi les derniers mètres à pied en poussant mon vélo mais qui me sert aussi de béquille. Car, même à pied je suis contraint de m’arrêter pour masser la face interne de ma cuisse droite et tenter d’assouplir les muscles. Ma chérie est là et immortalise ce dur moment. L’honneur est sauf, je ne suis pas le seul et arrive à repartir sitôt les vingt pour cent franchis.

Je clos cette épreuve en dix heures et trente-trois minutes avec plus de deux-cent neuf kilomètres parcourus et quatre-mille trois-cent quatre-vingt-treize mètres de dénivelée positive franchis. J’améliore mon chrono de quelques minutes par rapport à l’édition précédente. Mais surtout je bats cinquante-six records personnels sur des segments STRAVA : dont quasiment toutes les montées y compris la Planche des Belles Filles. Ce n’était pas un objectif, mais au final c’est le signe d’une certaine condition physique qui s’améliore par rapport à l’édition précédente. C’est une bonne nouvelle vis-à-vis des épreuves qui m’attendent et notamment la super Granfondo Galibier Izoard, mais ce sera une autre aventure…

Relive ‘Sortie à vélo matinale’