Les Trois Ballons 2019, la forme progresse…

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Depuis cinq années, je ne manque aucune édition de la cyclosportive « Les Trois ballons ». Son parcours Granfondo reprend chaque année les véritables bases fondatrices du cyclosport, notamment un long parcours de deux-cent huit kilomètres et un profil somptueux de quatre mille cinq cent mètres de dénivelée positive constitué des plus beaux cols des Vosges du Sud. Les cols y sont exigeants et leur enchaînement laisse peu de répit. Nous y sommes toujours en prise. Et depuis maintenant quatre éditions, l’organisation prend soin de nous appâter avec un magnifique final : « La Planche des Belles Filles » et son mur à 20 %. Ce final est à l’image de la renommée de cette cyclosportive.

La cyclosportive des Trois Ballons est une étape indispensable dans la préparation des cyclos alpines et pyrénéennes. Je l’ai donc inscrite dans mon calendrier pour une cinquième participation. 

Avec un tel parcours, le départ des Trois Ballons est donné à sept heures et quinze minutes. Pour cette édition et après les passages de la tempête Miguel, le ciel d’un beau bleu encore pâle ne laisse entrevoir aucun nuage. A l’horizon, le soleil rasant se lève progressivement. La température matinale est encore fraîche, mais s’annonce clémente pour la journée. Ces conditions nous changent un peu des épreuves précédentes.

Sur la ligne de départ et tout autour de moi, le flamand règne en maître avec un très forte représentation Belge et Hollandaise. Au vu des maillots, les Français semblent absents de cette belle épreuve. En tout cas en nombre bien inférieur à celui de nos voisins nordistes. Les cyclistes français seraient-ils devenus récalcitrants aux grands parcours montagneux ? Cette situation n’est pas nouvelle. Lorsque nous analysons les participations sur nos belles épreuves, les effectifs français ne font que de diminuer alors que celui de nos amis belges et hollandais ne fait qu’augmenter.

Avec mon dossard 697, je me trouve dans le deuxième sas, juste derrière le sas des prétendants au titre de vainqueur de l’édition 2019. Pour une fois, franchir la ligne de départ ne me pose pas trop de souci.

La ligne de départ franchie, nous nous élançons dans un beau sprint en faux plat montant de plus de dix-sept kilomètres à presque trente-six kilomètres par heure de moyenne. La vitesse ne faiblira qu’au pied de la première montée, la côte de Faucogney et ses deux kilomètres et demi à cinq pour-cent. Cette première côte n’est qu’une mise en jambe que je franchis à presque dix-sept kilomètres par heure de moyenne. À son sommet les étangs de la Néorosée offre une jolie vue, nous sommes dans la zone des mille étangs.

Les différents groupes se sont très peu étirés dans la montée ! Aussi, lorsque nous basculons dans la descente vers Raddon via La Mer et Ternuay, les pelotons sont encore trop compacts et occupent presque toute la route étroite. Dans ces conditions, il est impossible de lâcher les freins. Il faut au contraire rester concentré pour anticiper les coups de freins intempestifs et les soucis de trajectoires des concurrents les moins à l’aise en descente. La vitesse n’est donc pas très élevée. L’arrivée sur le village de Raddon marque le début de l’ascension du col des Chevrères qui comprend le col la Chevestraye (10 km à 3%), puis la montée sur Belfahy (4,39 km à 5%) et enfin l’ascension proprement dite du col des Chevrères (1,46 km à 6%). Le final de ce dernier col est assez physique avec une pente moyenne à 10% sur un demi kilomètre et des passages à dix-sept pour-cent. Ma moyenne kilométrique reste assez élevée dans toutes ces montées. Plus de vingt-et-un kilomètres par heure dans la première ascension, plus de dix-huit dans la seconde et la troisième mais qui s’effondre à huit dans les plus gros pourcentages. Mes sensations sont vraiment bonnes. La bascule au sommet du col des Chevrères est particulièrement compliquée. Les forts pourcentages à plus de onze pour-cent conduisent certains concurrents à freiner fortement. Trop fortement ! Les freins crissent sur les jantes en carbone. Une chambre à air éclate à côté de moi dans un bruit assourdissant. Plusieurs concurrents s’arrêtent dans les courbes pour réparer des problèmes de pneumatiques. Techniquement, les jantes en carbones s’échauffent rapidement si les freins demeurent en action trop longtemps et de façon continue. Or, les chambres à air n’apprécient guère ces élévations de température. Elles peuvent alors éclater. Il faut plutôt freiner par à coup, pour laisser la jante refroidir entre chaque coup de frein. À partir de Miellin, la pente négative revient à trois pour-cent jusqu’au village de Servance. Ce bourg marque le début de la montée sur le col de Croix. Les soucis dans le début de la descente du col des Chevrères ont enfin étiré les différents pelotons. Aussi, les plus de huit kilomètres de ce nouveau col sont avalés sereinement à presque vingt kilomètres par heure malgré la pente à dix pour-cent du final. La descente sur Le Thillot marque l’approche du premier ravitaillement. Lorsque je me présente sur celui-ci, j’ai couvert les soixante-et-onze premiers kilomètres en deux heures et cinquante minutes.

Les points de ravitaillement sont judicieusement répartis tous les cinquante kilomètres, j’ai donc fait le choix de partir avec seulement deux bidons de cinq-cent millilitres dans le seul but de m’alléger. Cependant, cette stratégie m’impose de faire le plein de mon ou mes bidons à chaque « ravito ». Aussi, je ne ferai l’impasse sur aucune d’eux, même si chaque arrêt aux ravitaillements me fait perdre du temps sur le chronomètre qui continue de tourner.

En quittant le « Ravito n°1 » nous nous élançons pour un gros bloc d’ascension avec les cols du Mesnil puis d’Oderen et enfin la montée sur le Markstein où se situe le « Ravito n°2 ». 

Le col du Ménil ou des Fenesses (en patois lorrain) relie les vallées de la Moselle et de la Moselotte. Long d’à peine sept kilomètres avec une pente moyenne de deux pour-cent, ce col n’est guère compliqué à gravir. La moyenne kilométrique reste donc élevée.  Il en est tout autant du col d’Oderen. Seule la circulation qui est par moment soutenue, sur la RD 486, trouble notre progression. Le carrefour avec la D43 et Saulxures-sur-Moselotte nous amène à proximité du parcours de la Granfondo Vosges. De petits groupes se sont constitués pour contrer le vent qui souffle depuis le départ avec des rafales qui peuvent être assez fortes. Au sein de mon groupe d’une quinzaine d’éléments,  la langue demeure toujours le flamand. Je suis le seul français et me sens bien isolé. Du coup je profite pleinement des paysages. La descente sur le village et le Lac de Kruth marque l’approche du Markstein. À quelques hectomètres du bas de la montée vers le Markstein, la  totalité de mon groupe bifurque à droite sur une aire de repos pour un arrêt ravitaillement. C’est donc seul que j’entame la montée des quatorze kilomètres et demi vers la station du Markstein. Avec une pente moyenne de quatre pour-cent et de nombreux passages compris entre huit et dix pour-cent, cette montée est pour moi traditionnellement usante. Sur cette édition 2019, il n’en est rien, bien au contraire ! Je connais même des passages de presque bien être où j’avance à bonne allure sans ressentir de fatigue excessive. Le geste de pédalage semble alors facile. Je pense me trouver alors dans un état de fluidité performance que je recherche depuis quelques mois, comme un Graal. Cet état est une situation ou les enjeux ou défis sont en parfaite cohérence avec les capacités physiques. L’état de bien être mental et physique est alors maximum. C’est presque l’euphorie ! J’absorbe alors les plus forts pourcentages avec un semblant de facilité et me tire la bourre avec un jeune concurrent en reprenant progressivement quelques groupes devant nous. A trois kilomètres du point de ravitaillement, je reprends un nouveau groupe où les concurrents sont originaires de Lille. Nous échangeons quelques mots. Je clos cette montée avec un gain de plus de trente watts sur la puissance moyenne d’ascension et de plus douze minutes sur mon chrono. Je commence à entrevoir la possibilité d’améliorer mon temps général sur cette épreuve. Ce deuxième point de ravitaillement me permet de compléter mes bidons et de me ravitailler en nourriture solide tout en faisant quelques clichés que je transmets à ma coach pour l’informer de ma progression.

Le « Ravito » du Markstein marque le départ de l’ascension finale vers le Grand Ballon qui se situe dans la continuité de la montée sur le Markstein. Le Grand Ballon depuis le Markstein c’est une montée longue de plus de six kilomètres. Elle est assez agréable. Les panoramas y sont par moment sublimes et la montée assez calme. Seul le dernier kilomètre est réellement physique avec une pente à plus de huit pour-cent. Si le final est physique, il offre surtout une magnifique vue sur toute la pleine d’Alsace. Mais sur cette édition, nous sommes surtout cueillis par un vent presque tempétueux. Vraisemblablement les restes de la tempête Miguel qui a traversé la France la veille avec un retour d’Est. Les premiers lacets de la descente sont dégagés et fortement exposés au vent qui remonte de la plaine d’Alsace. J’ai beaucoup de mal à conserver mes trajectoires. Les rafales violentes nous déportent avec force tel des fétus de paille. Freiner me ferait subir encore plus les rafales et accélérer rend difficile la maîtrise des trajectoires. Je serre les fesses à chaque épingle en essayant de suivre une trajectoire qui me laisse la plus grande marge de sécurité par rapport à l’impact des rafales. Je n’ai pas le loisir de profiter de la vue. Après quelques hectomètres, la forêt reprend ses droits et nous protège enfin. Je peux souffler et me détendre. Quel plaisir de pouvoir travailler mes courbes et trajectoires sans subir les assauts du vent. Le col d’Amic est rapidement laissé derrière nous et nous bifurquons à droite en direction de Goldbach-Altenbach et Willer.

Willer constitue une petite pause dans notre rythme endiablé. La descente nous à permis d’éliminer l’acide lactique de la dernière montée. Entre Willer-sur-Thur et Bistchwiller-les-Thann de petits groupes se reforment. Nous pouvons maintenant entamer l’ascension du col du Hunsduck. Une belle surprise nous attend : le revêtement de la route Joffre a été refait et est du coup plus roulant que sur les éditions précédentes. C’est un véritable plaisir, merci le Tour de France qui passera par ce col le 11 juillet ! Ses sept pour-cent de pente moyenne sont rapidement avalés et la bascule dans la descente vers Massevaux annonce la longue transition entre les dernières ascensions et le trajet en léger faux plat montant vers Sewen et le troisième point de ravitaillement. La descente de huit kilomètres est tout juste troublée par la petite remontée vers le col du Shirm et ses quatre pour-cent. Les villages défilent sur la D466 chauffée par le soleil: Masevaux, Sickert, Niederbruck, Kirchberg, Oberbruck et Doleren. J’atteins enfin Sewen et le point de ravitaillement situé au pied du Ballon d’Alsace. Après un rapide arrêt pour refaire le plein de mes bidons et me restaurer, je repars pour l’avant-dernière ascension du parcours : le Ballon d’Alsace.

Nous quittons le « ravito » en ordre dispersé. Les petits groupes ont disparus et chaque concurrent s’élance selon ses propres besoins en alimentation et en récupération. Certains sont même allongés à l’ombre pour essayer de récupérer avant le final.

L’ascension du Ballon d’Alsace peut être découpée en trois sections. La première de Sewen au lac d’Alfeld avec les premiers lacets à plus de huit pour-cent. La seconde section nous fait progresser en forêt entre le lac d’Alfeld et le mur de Langenberg et ses huit pour-cent de pente moyenne pouvant aller jusqu’à onze pour-cent et enfin le mur de Langenberg avec ses neuf pour-cent de pente moyenne. La montée sur le Ballon d’Alsace est donc assez rude en fin de parcours, alors que la fatigue musculaire commence à s’installer. Malgré tout, je franchis cette nouvelle difficulté dans des conditions bien meilleures comparativement à mes participations antérieures. La bascule au sommet me donne de l’énergie, car l’écurie approche. Plus qu’une ascension après une transition que je connais bien : Malvaux, Lepuix, Giromagny, Auxelles-Bas, Plancher-Bas et enfin Plancher-les-Mines. Je reprends quelques concurrents dans la descente. Après quelques kilomètres, nous sommes ralentis par un camping-car que j’arrive à doubler avec un autre concurrent dans un sprint endiablé sur une petite ligne droite. Les autres hésitent et restent derrière lui. Nous les lâchons définitivement et ne les verrons plus entre Malvaux et Plancher-les-Mines. Mon arrêt au dernier Ravito de Plancher-les-Mines est rapide. Je Remplis un seul bidon pour les huit kilomètres restants, j’appelle Nathalie pour lui dire que j’arrive et je m’élance.

La dernière ascension vers la Planche des Belles Filles, n’est pas simple. Je dirais même qu’elle est plutôt ardue et physique. Je mets plus de quarante-neuf minutes pour franchir ses cinq kilomètres. La première portion à huit pour-cent ne me pose pas véritablement de soucis. Mais la longue portion à dix-sept pour-cent qui précède le premier lacet m’impose d’aller chercher des ressources physiques et mentales assez loin. D’autant que des véhicules nous gênent dans la montée. Franchir de tels pourcentages lorsque des véhicules nous bloquent la route nécessite d’être équilibriste et très motivé. Mais je ne veux pas mettre le pied-à-terre. Alors que je m’apprête à les doubler, ils repartent enfin. Le reste de la montée vers le final dantesque n’est qu’une succession de passages pentus à sept ou huit pour-cent entrecoupés de portions à cinq pour-cent où il faut récupérer en moulinant. De nombreux concurrents mettent pieds à terre et nous sommes encore plus nombreux à gravir la pente sans faiblir en puisant dans nos dernières forces. Par bonheur, la pente du dernier kilomètre s’aplatit un peu. J’en profite pour récupérer avant le mur final. Arriver sur le premier parking, le « raidar » apparaît parallèle à la route. Les palissades en bois caches à peine les concurrents qui le gravissent.

Au profit de la courbe à droite, j’arrive au pied du mur. j’ai déjà réfléchis aux options : soit ça passe et je monte directement, soit mon 34/28 est trop juste et je monte en longs zigzags quasi perpendiculaires à la pente pour l’aplanir un peu. Mais très rapidement l’option 2 s’impose à moi. Première alerte ma roue avant se lève. Je poursuis mais au plus fort de la pente à vingt pour-cent mon braquet en 34/28 me conduit à devoir appuyer fort pour passer la pente. À chaque coup de pédale ma roue avant se lève et m’oblige à jouer les équilibristes. Alors que je m’apprête à virer dans une de mes manœuvres de zigzag, ma roue avant se lève de nouveau. Je manque de tomber et déchausse de façon réflexe pour éviter la chute. Compte-tenu de la pente il m’est impossible de repartir, je finis les derniers mètres du mur à pied et repars lorsque la pente le permet et franchis la ligne d’arrivée sur le vélo.

Je clos cette édition des Trois Ballons en neuf heures et quarante-neuf minutes en temps de déplacement. Ma vitesse moyenne pour franchir les deux-cent huit kilomètres et les quatre-mille sept-cent cinquante-huit mètres de dénivelée positive s’établit à plus de vingt-et-un kilomètres par heure. J’améliore mon chrono sur l’épreuve de quarante-quatre minutes. De plus, je bats cinquante-quatre records personnels notamment sur l’ensemble des cols du parcours excepté le Col de Chevrères. Ces résultats sont en cohérence avec mes sensations tout au long de l’épreuve. Depuis le début de saison, j’ai pris l’habitude de rouler aux sensations sans contrôler en permanence ma vitesse, ma fréquence cardiaque ou le pourcentage de pente… Cela me réussit plutôt bien. Lorsque j’associe cette technique à un meilleur suivi de mon plan d’entraînement et à l’approche de mon poids de forme, mes sensations s’améliorent et mes chronos s’en ressentent !

Côté machine, je suis entièrement satisfait de mon Look 785 Huez RS. Mon choix d’échanger mon petit plateau de trente-six dents avec un trente-quatre dents a été judicieux. Et si le 34/28 c’est avéré physique dans le mur de la planche des Belles Filles, il m’a permis de passer partout ailleurs. Et comme les pentes à vingt pour-cent sont malgré tout assez rares, je vais rester sur un 52/34 à l’avant et mon 11/28 à l’arrière pour les cyclosportives montagnardes à venir. Avec ce montage je pense pouvoir ainsi continuer à progresser sur la Super Granfondo Galibier Izoard. Mais cela est une autre aventure…

Si vous avez le loisir le 11 juillet de suivre la sixième étape de notre beau Tour de France, vous pourrez découvrir une grande partie des merveilleux cols Vosgiens qui font la beauté de cette belle et prestigieuse cyclosportive. Cela donne également un peu de saveur à cette épreuve amateur où la dureté sera aussi un enjeu pour nos homologues professionnels à l’occasion de la première épreuve montagnarde du Tour 2019 avec quelques col en moins par rapport à nos Trois Ballons.