Alors que j’écris cet article, je devrais être sur mon vélo à parcourir ma diagonale Strasbourg – Hendaye. Malheureusement, le sort en a voulu autrement. Si j’étais superstitieux, j’en viendrais même à me dire que cette diagonale Strasbourg – Hendaye ne me porte pas chance ! Pour rappel, en 2025, j’ai été renversé par un automobiliste une semaine avant de m’élancer sur cette même diagonale.
J’aurais pu garder pour moi les raisons qui m’ont poussé à annuler mon départ. Cependant, en partageant mon retour d’expérience, je pense contribuer utilement à la prévention de certains risques. Mon intention n’est ni de faire peur, ni de me mettre en avant. Ma démarche consiste juste à sensibiliser sur un accident qui peut survenir sournoisement.
Alors voilà…
Du 2 au 25 mai, j’étais en voyage en Andalousie avec mon épouse. Depuis prés de trois semaines, nous crapahutions à travers les villes et les sites touristiques à longueur de journée. Je me suis même offert quelques chasses aux cols andalous. Au cours de la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 mai, j’ai été pris de vertiges. La tête tournait un peu. Alors que je voulais aller tout droit, j’avais l’impression de partir sur la droite. J’avais déjà vécu cette sensation lors d’un COVID en juin 2025. Il s’agissait alors d’une atteinte de l’oreille interne par le virus. De prime abord, j’ai pensé à une nouvelle atteinte de mon oreille interne. Au lever, le matin, les vertiges avaient totalement disparu. J’avais programmé une sortie vélo plutôt exigeante avec onze cols au programme. Par prudence, j’ai décidé de la reporter pour m’assurer que les vertiges ne réapparaîtraient pas. La journée et la nuit suivante se sont passées sans aucun trouble. Le lendemain matin, nous en sommes venus à penser que mes vertiges pouvaient être dus à une petite hypotension passagère. Rassuré par la disparition des troubles, j’ai décidé de m’élancer pour ma sortie de 110 kilomètres et plus de 2 000 mètres de dénivelé positif. J’avais d’autant plus envie d’y aller qu’il s’agissait de la dernière journée où je pouvais aller chasser les 11 cols du parcours, car dès le lendemain, nous entamerions la remontée vers la France.
La météo était bonne. Une légère brise rafraîchissait l’atmosphère. La température du matin était assez douce et devait monter jusqu’à 33 °C l’après-midi. Dès les premiers coups de pédales, je me sentais en forme. J’enchaînais les cols sans grandes difficultés tout en profitant des paysages. Sur la dernière montée de 11 kilomètres à 6,5 % de moyenne, la route était totalement dégagée. Sans ombre, le soleil tapait fort. La température s’affichait à 37 °C sur mon compteur. Après trois semaines en extérieur dans le Sud de l’Espagne, j’étais acclimaté. Néanmoins, je sentais la fatigue monter crescendo. Je m’abreuvais régulièrement et m’aspergeais pour faire baisser ma température corporelle et éviter le coup de chaud. Par chance, l’arrivée n’était plus très loin et la dernière descente de neuf kilomètre m’a permis de récupérer un peu. Sitôt rentré, je me suis réhydraté par petites gorgées avec une eau minérale pétillante et légèrement salée tout en me mettant au repos et au frais. Deux heures après la sortie, alors que je récupérais tranquillement, des flashs scintillants apparaissaient en cercle dans mon œil gauche. J’ai pensé alors à un effet de la fatigue, ou bien à un coup de chaleur, ou encore à une légère déshydratation. Voir peut-être même à l’effet conjugué des trois états. Après vingt minutes, ces flashs disparaissaient et tout était rentré dans l’ordre. J’ai même eu l’impression d’avoir totalement récupéré lorsque j’ai chargé ma voiture pour le début de notre remontée vers la France.
La journée du dimanche s’est passée sans encombre. Pour couper les 1 246 km à parcourir, nous avions prévu de faire étape à Canet-d’En-Bérenguer au nord de Valence. Nous nous sommes partagé le temps de conduite pour que le trajet soit moins fatigant. Arrivé à destination, le déchargement de la voiture et le transport de nos bagages du sous-sol au deuxième étage s’est déroulé sans aucun souci.
Le lendemain, nous visitions Canet-d’En-Bérenguer et avions programmé de visiter Valence le mardi, avant de remonter définitivement en France le mercredi. Sauf que, lundi en fin de soirée, j’ai été victime d’un AVC ischémique sylvien droit. Les symptômes étaient les suivants : perte de contrôle de ma main gauche, paralysie faciale à gauche avec une très grande difficulté à prononcer mes mots et à me faire comprendre de mon épouse, et des flashs scintillants et circulaires dans l’œil gauche sont réapparus. La crise a duré entre vingt et trente minutes, puis tout a semblé rentrer dans l’ordre. Le lendemain matin, j’accrochais encore sur quelques mots, une légère paralysie faciale persistait et une gêne localisée sur le sommet droit du crâne s’était installée.
Par chance, j’ai été bien pris en charge. Après trois jours en soins intensifs et cinq jours en service de neurologie, je n’ai presque aucune séquelle. Pour les neurologues, mes vertiges initiaux étaient les premiers signes visibles de mon AVC ou d’un accident ischémique transitoire (AIT). Mais pour les neurologues, un AIT est déjà une urgence médicale, car le risque de faire un AVC dans les 24 heures est élevé. Ma sortie vélo, exigeante et réalisée dans la chaleur et en montagne, aurait pu avoir de graves conséquences. De même, je n’ai pas eu ou provoqué d’accident en conduisant le lendemain.
Pourquoi en faire un retour d’expérience ?
Parce que, honnêtement, je pense que si j’avais été sur une épreuve, une Diagonale de France ou toute autre organisation, chronométrée ou non, en l’absence de vertige le lendemain matin, je serais reparti ! Je serais reparti tout simplement parce que mes vertiges ne m’ont pas fait penser à un AVC, ni même à un AIT. Et pourquoi y penser, puisque je m’imaginais, à tort, être protégé de ce type de pathologie. Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je fais attention à mon alimentation, je ne mange jamais de plats industriels ni de fast-food, je fais du sport régulièrement et je contrôle mes constantes (pouls, tension artérielle, poids…) tout aussi régulièrement. Je n’ai traditionnellement pas de cholestérol, je passe régulièrement et sans aucun souci un test d’effort, mes électrocardiogrammes ne révèlent jamais d’anomalie.
Parce que, dans notre pratique, nous roulons longtemps, parfois seuls, parfois loin, parfois par forte chaleur, parfois sur des routes isolées. Nous savons gérer l’inconfort, la fatigue, les jambes lourdes. Nous avons appris à composer avec les douleurs passagères, les coups de moins bien, les vertiges passagers, les troubles digestifs, les coups de chaud, le manque de sommeil, la faim. À force d’être habitués à encaisser, nous pouvons finir par banaliser des signaux qui mériteraient pourtant une attention immédiate. Nous pouvons leur trouver une cause logique, crédible, presque rassurante en nous dispensant de recourir à un avis médical : “j’ai trop forcé”, “il faisait chaud”, “je suis fatigué”, “je manque peut-être d’eau”, “ça va passer”, « c’est peut-être une hypoglycémie,.. » C’est aussi ce qui fait notre force, mais cela peut aussi devenir un piège. Oui, c’est un piège, car notre pratique sportive, notre vie saine, nos bons bilans de santé ne nous protègent pas et un symptôme inhabituel, même bref, transitoire peut être un signal d’alerte qui mérite que nous le prenions au sérieux.
Les autorités de santé rappellent qu’un AVC ou un accident ischémique transitoire (AIT) peuvent se manifester par des signes soudains comme une faiblesse ou un engourdissement d’un bras, d’une jambe, une paralysie faciale, un trouble de la parole, une difficulté à comprendre, un trouble de la vision, une perte d’équilibre, des vertiges inhabituels ou un mal de tête brutal et intense. Un seul de ces signes doit suffire à appeler le 15 ou le 112 (n° Européen), même s’il disparaît rapidement. Seul le questionnement du médecin pourra lever le doute. Un accident ischémique transitoire, avec des symptômes brefs et réversibles, reste une urgence médicale. D’autant qu’un AVC bien plus grave peut survenir 24 h après un AIT.
Une nouvelle fois, mon objectif n’est ni de faire peur, ni même d’inciter à renoncer à notre pratique longue distance. Nos aventures méritent d’être vécues intensément, passionnément, humainement. Mais gardons en tête que certains signes ne sont pas anodins et que notre passion, notre capacité à endurer, notre bonne condition physique et mentale et notre hygiène de vie ne nous rendent pas invulnérables et ne seront jamais synonyme d’immunité. C’est d’autant plus vrai que dans mon cas, tous les bilans, examens réalisés avant et après mon AVC sont corrects et pourtant…
Je voudrais aussi faire la promotion de l’application « Urgence 114 » destinait aux sourds et aux malentendants, mais aussi aux personnes aphasiques (difficulté à parler) en raison de lésions cérébrales. Seul, en étant victime d’un AVC, il peut être difficile voir impossible de se faire comprendre pour transmettre à la voix, une adresse et formuler une demande de secours. Or, la prise en charge d’un AVC ou d’un AIT est une urgence médicale. Aussi, cette application permet de formuler sa demande de secours par écrit via un échange SMS. La demande est alors transmise aux services de secours du département concerné. Si vous voulez en savoir plus https://info.urgence114.fr/ ou https://masecurite.interieur.gouv.fr. L’installer sur son smartphone ne coûte rien, mais peut nous sauver lorsque nous nous trouvons seuls et victimes d’une aphasie.
N'hésitez pas à laisser un commentaire ou des question, je vous répondrais toujours.